Affaires notoires

Les affaires notoires s’avèrent parmi les plus difficiles pour les victimes, les survivants et les fournisseurs de services. Ces affaires attirent énormément l’attention des médias; c’est souvent en raison de leur caractère singulier ou bizarre, ou bien encore de la victime ou du contrevenant. L’envergure d’une affaire notoire peut être communautaire, nationale, voire internationale. Il est parfois difficile de discerner pourquoi une affaire devient si notoire tandis qu’une autre, tout aussi tragique, ne le devient pas. L’affaire Natalee Holloway en constitue un bon exemple. Mademoiselle Holloway, citoyenne des États-Unis, a été portée disparue lors d’un voyage à Aruba et son corps n’a jamais été retrouvé. Cette affaire a fait l’objet de reportages internationaux; des journalistes de partout au monde en ont parlé pendant des mois, chaque fois qu’un nouveau développement survenait. À l’époque, d’autres Américains ont été portés disparus alors qu’ils visitaient d’autres pays mais ces autres affaires sont loin d’avoir capté une attention aussi soutenue. Chaque année, des milliers d’adolescents américains sont portés disparus aux États-Unis mais retiennent peu l’attention des médias.

L’obsession provoquée par la disparition de Mademoiselle Holloway dans les médias ne peut être attribuée qu’à un seul élément en soi. C’était une jolie jeune fille Blanche de bonne famille. Son corps n’a jamais été retrouvé. Ses parents ont multiplié les démarches auprès des médias pour augmenter les chances que les gens communiquent des indices de sorte que la famille puisse savoir ce qui s’est passé. La personne soupçonnée de l’avoir tuée est le fils d’un juge. Et pourtant, rien de tout cela n’explique vraiment l’obsession des médias que provoque cette affaire, si ce n’est que les parents étant si accessibles, les médias en ont profité pour leur parler et rapporter leur propos.

Au bout du compte, les médias ont choisi de rendre cette affaire aussi notoire. Au Canada, certaines affaires ont été hautement médiatisées, dont celles de Clifford Olson, Marc Lépine, Paul Bernardo, Robert Pickton, et tout dernièrement, Russell Williams. Dans chacune de ces affaires, il y avait des victimes multiples mais d’autres assassins ont tué plus d’une personne sans toutefois capter autant d’attention. Le fait qu’aucun des assassins ne connaissait ses victimes constitue un autre élément commun dans ces affaires. Les crimes perpétrés par des inconnus sont plus susceptibles d’être médiatisés que des crimes impliquant une victime et un assassin qui se connaissent.

Voici quelques éléments susceptibles de rendre une affaire notoire dans les médias :

  • La victime est une jolie jeune femme Blanche de bonne famille;
  • Le contrevenant est un « gars ordinaire » et non quelqu’un que les gens soupçonneraient d’être susceptible de commettre ce genre de crime;
  • Il y a des victimes multiples;
  • La violence était excessive et de nature sexuelle;
  • Le contrevenant et la victime ne se connaissaient pas;
  • La victime avait été portée disparue longtemps avant d’être retrouvée; et
  • Le contrevenant ou la victime, ou bien un de leurs proches, a fait l’objet de reportages préalables dans les médias.

Les affaires impliquant des enfants sont souvent médiatisées; par contre, les crimes perpétrés contre des enfants par des inconnus sont plus susceptibles d’être médiatisés que les crimes perpétrés par un membre de la famille. Lorsqu’un enfant est enlevé par un inconnu, l’intérêt des médias s’intensifie. La période suivant immédiatement l’enlèvement est souvent caractérisée par une attention intense des médias, ce qui est essentiel parce que la police a besoin de l’aide du public pour retrouver l’enfant disparu. Tout enlèvement commis par un inconnu perturbe immédiatement les gens. Tous les parents ont peur que leur enfant soit enlevé, même si les risques sont extrêmement faibles. Ces reportages suscitent des sentiments chez les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs : angoisse à la pensée de l’enfant enlevé et de nos propres enfants, colère envers le coupable, colère envers l’indulgence présumément excessive du système judiciaire, et ainsi de suite. Le public a tendance à empathiser et à suivre ces reportages; les médias réagissent donc à cet intérêt.

On peut aussi penser que les médias attisent l’intérêt du public puisque les cycles d’informations de 24 heures sur 24 nécessitent des nouvelles, même lorsqu’il n’y a aucun développement dans l’affaire. Pour combler ce vide, les membres des médias reviendront peut-être sur d’autres affaires notoires similaires ou demanderont à des experts de commenter des crimes similaires. Les médias passeront des reportages sur les moyens de protéger nos enfants. Tout cela corrobore l’impression du public que ces crimes sont plus communs qu’ils ne le sont réellement.

Pour la victime ou sa famille, l’attention des médias peut s’avérer à la fois une bénédiction et une malédiction. Au début, si la victime est portée disparue, sa famille veut l’attention des médias puisque cela peut augmenter les chances que leur être cher soit retrouvé. Si la victime est retrouvée, vivante ou non, il se peut que la famille veuille qu’on respecte sa vie privée mais que les médias ne soient pas disposés à mettre fin à leurs reportages. L’affaire peut encore défrayer les manchettes sous un nouvel angle – l’arrestation d’un suspect, l’annonce de la date du procès, les antécédents criminels du suspect, etc.

Dans une situation normale, l’attention des médias peut s’avérer suffisamment stressante pour la famille qui veut qu’on respecte sa vie privée mais l’intensité d’une affaire notoire qui capte l’intérêt national peut s’avérer insupportable. En effet, plus que dans les affaires moins médiatisées, on scrute chaque angle d’une affaire notoire dans le moindre détail parce qu’il faut tirer des nouvelles alors qu’il n’y a pas grand-chose de neuf. Cette situation peut signifier que les médias examinent de plus près la victime et son comportement. Par exemple, dans l’affaire Natalee Holloway, les médias mirent au jour son présumé goût de faire la fête. Sa mère qui avait ouvertement courtisé les médias dans l’espoir de découvrir ce qui était arrivé à sa fille, fut mise en cause parce qu’elle semblait toujours présente aux nouvelles. Ses motifs furent remis en question, tout comme ses décisions parentales et ses relations familiales.

Certaines victimes peuvent être préoccupées ou perturbées par les projecteurs des médias, tandis que d’autres s’en accommodent fort bien. Lorsque la couverture des médias est favorable, il est difficile de résister à leur attrait – on se sent important, valorisé et respecté. Dans les affaires notoires, les victimes ou des membres de leurs familles qui sont accessibles aux médias peuvent devenir des « vedettes », ce qui comporte un risque. Que cela soit juste ou non, les gens remettront en question les motifs d’une victime toujours présente dans les médias. Même si ses motifs sont valables (parler au nom d’un être cher, sensibiliser les gens à un problème, informer le public), les gens se demanderont pourquoi elle agit ainsi et lui prêteront des intentions. Les reportages peuvent sembler favorables un jour et prendre une tournure négative le lendemain. En partie, c’est parce que les médias présentent tous les faits d’une affaire à mesure qu’elle évolue, dont certains faits que la victime peut considérer négatifs.

Du point de vue des services aux victimes, il se peut que vous ne puissiez pas faire grand-chose pour contrôler les médias et leur intensité. Vous pouvez offrir du soutien à la victime et à sa famille, ainsi que des conseils lorsqu’il y a lieu et parfois, protéger vos clients contre les médias au besoin (par exemple, lors d’audiences). La désignation d’un porte-parole pour la famille constitue un bon moyen de protéger la plupart des membres de la famille contre l’attention indésirée des médias.

Si vous entretenez de bonnes relations avec les journalistes affectés à la couverture, vous serez peut-être en mesure de les prévenir des répercussions de la couverture intense sur la victime et sa famille mais cela n’aura probablement pas beaucoup de poids. À moins que toutes les agences de presse ne conviennent de mettre la pédale douce, il est improbable qu’un seul journal ou une seule station de télévision ne le fasse. En fait, vous risquez de donner à un journaliste son prochain reportage ou sa prochaine chronique. Les médias peuvent examiner leur propre couverture de ce genre d’affaires dans le cadre des reportages sur une affaire mais c’est là une autre façon de combler les vides dans le cycle d’informations de 24 heures par jour.