Introduction

Les médias constituent un outil puissant en mesure de rendre quelqu’un célèbre la veille et de souiller sa réputation le lendemain. Les médias peuvent convaincre les gens d’avoir un enjeu à coeur, influencer la façon dont les gens perçoivent un problème et avoir une incidence sur la façon dont le gouvernement réagit (ou s’abstient de réagir) à ces enjeux et à ces problèmes.

La couverture d’actes criminels a toujours revêtu une importance considérable dans les médias. L’expression populaire « Du sang à la une » s’applique directement à l’attention accordée au crime, particulièrement s’il est accompagné de violence. En fait, les actes criminels couverts par les médias s’avèrent souvent faire partie des catégories de crimes les moins communs, notamment les homicides; voilà pourquoi les médias risquent de donner au public une image trompeuse de l’état véritable de la criminalité au Canada. La possibilité que les victimes soient disposées à commenter un incident exerce également une influence sur la possibilité que les médias couvrent ou non un acte criminel ou un acte violent. Par exemple, il est très rare qu’une victime de violence conjugale soit disposée à parler aux médias en raison de la dynamique des relations qu’elle entretient avec son agresseur. Dans la même veine, les ordonnances de non-publication interdisent aux victimes de violence à caractère sexuel de parler aux médias.

Couvrir un acte criminel signifie couvrir les victimes, que ce soit directement ou indirectement. La façon dont les médias couvrent un acte criminel peut avoir des répercussions sur les victimes de ce crime. Tous les éléments suivants peuvent avoir des répercussions positives ou négatives sur les victimes, sur leurs familles et sur ce qu’elles éprouvent au cours du processus de justice pénale : ce que disent les médias, leur manière de le dire, voire si les médias en parlent ou non.

Les journalistes sont rarement des experts en matière de justice pénale. Il arrive souvent qu’ils couvrent une foule de domaines et risquent de savoir peu de choses à leur sujet. Cela donne aux experts, dont les fournisseurs de services aux victimes, l’occasion de renseigner les gens des médias mais cela risque aussi d’accroître la probabilité que des mythes et des malentendus au sujet des victimes et de la victimisation, circulent dans les médias comme s’il s’agissait de faits avérés.

Les avantages d’une couverture médiatique

La société bénéficie de nombreux avantages lorsque les médias présentent une couverture responsable sur les actes criminels et les victimes. Les médias peuvent1 :

  • renseigner le public au sujet de questions relatives à la victimisation;
  • présenter les faits d’un procès au criminel;
  • fournir des renseignements sur les tendances en matière de criminalité et de victimisation, sur la nature et la fréquence des actes criminels, etc.;
  • fournir des renseignements sur les nouvelles catégories d’actes criminels que le public devrait connaître (la cybercriminalité, par exemple);
  • assurer la couverture de projets de loi, d’élaboration de politiques ou d’initiatives gouvernementales portant sur le crime et/ou les victimes;
  • contribuer à forger l’opinion publique sur des enjeux importants, dont le financement de programmes de soutien aux victimes, les droits des victimes, etc.;
  • expliquer les répercussions d’un crime sur les victimes et leurs familles, ce qui peut aider les gens à mieux traiter les victimes qu’ils connaissent;
  • offrir aux victimes et à leurs familles un moyen de raconter ce qu’elles ont subi;
  • diffuser des informations exactes sur des sujets qui prêtent à confusion (les systèmes de justice pénale et de libération conditionnelle, entre autres);
  • faire taire les rumeurs et dissiper l’angoisse;
  • présenter de l’information sur la sécurité et la prévention; et
  • sensibiliser les gens aux groupes de soutien des victimes et aux programmes destinés aux victimes; les groupes qui dépendent du financement privé ainsi que les victimes qui ont besoin d’aide pourraient bénéficier de cette sensibilisation.

Les médias peuvent faire appel aux victimes immédiatement après la perpétration d’un crime, pendant les instances pénales (procès ou audience de libération conditionnelle), à l’occasion d’anniversaires de l’incident, lors de la couverture d’un crime similaire ou lors de la présentation par le gouvernement d’un texte de loi connexe en matière criminelle. Les victimes, particulièrement lorsqu’elles sont interpellées immédiatement après le crime, risquent de ne pas connaître leurs droits ou de ne pas savoir ce qu’elles peuvent demander aux médias et ce qu’il ne faut pas leur demander. Beaucoup de gens se sentent obligés de répondre lorsqu’un membre des médias leur pose une question en leur fichant un micro sous le nez.

Dans le cadre de vos fonctions à titre de fournisseurs de services aux victimes, vos clients vous demanderont peut-être de répondre à leurs questions au sujet des médias ou de les appuyer dans leurs échanges avec les médias. Les médias peuvent également vous demander de les aider à trouver une victime disposée à raconter ce qu’elle a vécu. On peut aussi vous interroger en entrevue au sujet de vos services, de questions relatives aux victimes en général ou d’une affaire en particulier. Les médias peuvent s’avérer de précieux partenaires pour les organismes de services aux victimes en contribuant à faire connaître leurs besoins et à propager leurs messages. Si les médias font appel à vous, vous devrez peut-être peser le pour et le contre en songeant à la protection de la vie privée de la victime et à son bien-être, comparativement à l’importance de renseigner le public au sujet de questions relatives aux victimes et d’aider les médias à les représenter convenablement malgré vos sentiments à l’égard de la façon dont les médias ont traditionnellement représenté les victimes et leurs préoccupations. Pour ce faire, vous devez comprendre comment fonctionnent les médias et l’interaction entre les médias et les victimes.

  1. Bucqueroux, Bonnie et Seymour, Anne. (2009). A Guide for Journalists Who Report on Crime and Crime Victims (Washington D.C., Justice Solutions NPO), http://www.mediacrimevictimguide.html (consultation le 5 septembre 2010).