Les victimes et les médias

La couverture d’un incident au moment opportun en tout respect de la sensibilité des victimes, peut s’avérer utile, particulièrement dans des situations d’urgence alors qu’il faut informer le public du rapt d’un enfant ou des services de secours après une catastrophe. La couverture d’incidents particuliers et de crimes émergents (par exemple, la cybercriminalité contre les enfants), peut contribuer à faire changer positivement des politiques gouvernementales. La couverture médiatique peut également faire changer les attitudes de la population à l’égard de certains crimes comme la conduite avec facultés affaiblies et les agressions sexuelles.

Les médias peuvent contribuer à donner un visage humain à la victime et à ce qu’elle a subi lorsque le système de justice pénale est tellement axé sur le contrevenant et l’acte criminel. Les médias peuvent également aider une victime à raconter son histoire de résilience et d’espoir. Les médias peuvent offrir à la famille un moyen de parler de l’être cher assassiné ou donner une tribune à des défenseurs pour préconiser des changements sociaux ou des réformes judiciaires. Les journalistes veulent peut-être tout d’abord parler à la personne lésée parce que leur but est de raconter l’histoire des gens afin de leur donner un visage humain. Les fournisseurs de services aux victimes peuvent contribuer à appuyer les victimes qui sont psychologiquement disposées à prendre la parole de sorte que leur histoire soit racontée avec véracité dans les médias.

Aspects négatifs de la couverture médiatique des victimes

La couverture médiatique d’un crime et des victimes peut comporter de nombreux aspects négatifs. Des informations inexactes peuvent influencer l’opinion publique et les politiques gouvernementales. Par exemple, la couverture obsessionnelle de la violence chez les adolescents en tant que contrevenants, minimise le fait qu’ils constituent le groupe le plus susceptible de subir la victimisation. De nombreuses personnes croient que les femmes sont plus susceptibles d’être assassinées alors que ce sont les hommes qui représentent 75 % des victimes d’homicides chaque année au Canada.

La couverture médiatique peut revictimiser les victimes, particulièrement si elle s’avère excessivement sensationnelle ou inexacte. La couverture médiatique peut renforcer les idées fausses et les mythes au sujet des victimes d’actes criminels. En accordant tellement d’importance aux crimes sensationnels et notoires, cette couverture néglige les autres victimes qui voudraient peut-être raconter leur histoire ou qui ont besoin de la raconter mais qui sont refusées parce que leur histoire est moins captivante.

Perte de contrôle

La perte de contrôle constitue l’un des problèmes avec lesquels les victimes d’actes criminels doivent se débattre après l’incident. On peut le constater dans tous les genres de crimes violents (par exemple, lors d’une introduction par effraction, d’une menace de mort ou de blessures causées par un conducteur ivre). Si la victime signale le crime à la police, le système de justice pénale prend les choses en main et la victime a peu de contrôle sur ce processus ou l’issue du processus.

Les médias contrôlent quels crimes font l’objet de reportages et ce qui est dit au sujet de ces crimes et des victimes, particulièrement si la victime choisit de ne pas faire de déclarations officielles aux médias. Il s’agit donc d’un autre aspect de la victimisation sur lequel la victime a peu de contrôle. La victime n’a pas le choix de voir sa photo à la une du journal (sous réserve d’une ordonnance de non-publication dont il sera question ci-après); la victime n’a pas le choix de voir sa maison passer au téléjournal; la victime n’a pas le choix d’entendre parler d’elle pendant une tribune radiophonique. Si la victime choisit de participer au processus et d’accorder des entrevues aux médias, elle ne peut contrôler les extraits de l’entrevue qui seront publiés dans le journal, ni le gros titre du reportage, ni le montage de l’entrevue télévisée; tout cela fera partie des desseins du journaliste. Il peut arriver que la victime convienne des conditions d’une entrevue exclusive, contrôlant le lieu/la durée/les questions auxquelles elle répondra mais la victime n’aura pas le droit d’autoriser ou non ce qui sera finalement publié.

Effets négatifs éventuels à prendre en considération

La façon dont un reportage est présenté dans les médias ou le fait qu’un crime ne fasse l’objet d’aucun reportage, peut infliger une victimisation secondaire non intentionnelle à des victimes ou des survivants en exacerbant leurs sentiments d’outrage, de désorientation et de perte de contrôle. Certains peuvent se sentir humiliés lorsque leur communauté apprend ce qui leur est arrivé ou se sentir dévalorisés en l’absence de couverture médiatique. Des victimes ont exprimé les réserves suivantes, entre autres, à l’égard des médias5 :

  • Des entrevues au mauvais moment. L’intérêt des médias est maximal aux moments où la victime peut se sentir déroutée, déphasée ou le plus vulnérable (par exemple, immédiatement après un crime, pendant le procès, etc.);
  • Vidéos ou photos de scènes montrant des cadavres ou des sacs mortuaires;
  • Recherche d’éléments négatifs au sujet de la victime;
  • Insinuation que la victime a contribué à sa victimisation;
  • Publication du nom et de l’adresse de la victime;
  • Publication de propos tenus pendant le procès au sujet de la victime qui ne seraient pas vrais, selon la famille;
  • Publication de photos. Les victimes peuvent se faire photographier à leur insu sur les lieux du crime, pendant des funérailles ou au palais de justice. Les médias n’ont pas besoin de permission pour utiliser ces photos. Les victimes peuvent considérer cela comme une atteinte à leur vie privée mais les médias peuvent penser que l’image est saisissante et donne un visage humain à leur reportage;
  • Les journalistes trop zélés qui manquent de délicatesse peuvent empêcher les victimes de faire leur deuil avec dignité et mettre leur sécurité personnelle en péril.
  • Furetage indu dans le passé de la victime.

Certaines victimes peuvent penser qu’on porte atteinte à leur vie privée, ne comprenant pas que les informations sont disponibles dans le domaine public, ce qui permet aux médias de les utiliser à leur gré dans leurs reportages. Bien que la plupart des provinces aient une Charte des droits des victimes dont l’une des dispositions expresses prévoit la protection de la vie privée des victimes, la loi vise principalement les acteurs du système de justice pénale et non les simples particuliers ni les entités à titre individuel.

Lacunes dans la couverture médiatique

En raison des choix effectués par les directeurs des médias quant aux crimes qui feront ou non l’objet de reportages, leur interaction avec les victimes se limite à certains crimes et à certaines catégories de victimes. Les victimes font également des choix pour protéger leur vie privée (ce qui est leur droit absolu), de sorte que les médias n’ont accès qu’à certaines catégories de victimes. Les statistiques officielles sur la criminalité au Canada révèlent de façon constante que moins de la moitié de toutes les victimes d’actes criminels, y compris les victimes d’actes criminels violents, signalent leur victimisation à la police. Il est donc improbable que les médias interagiront avec certaines catégories de victimes (notamment les victimes d’agressions sexuelles, de violence conjugale, de voies de fait simples et de crimes contre les biens) puisqu’il arrive souvent que ces crimes ne soient pas portés à l’attention de la police et des tribunaux.

Par contre, certains crimes qui sont signalés risquent néanmoins de ne pas capter l’attention des médias, dont l’introduction par effraction, le vol, les voies de fait simples, entre autres. Malgré que ces crimes constituent la majorité des crimes signalés à la police au Canada, à moins que le crime ne comporte un élément singulier (par exemple, une affaire de fraude impliquant de grosses sommes d’argent, une introduction par effraction impliquant de la violence subie par la famille, etc.), il est improbable que les médias interagissent avec les victimes de ces infractions.

Le lieu géographique jouera également un rôle dans l’ampleur de la couverture d’un crime. En raison des ressources décroissantes des médias, il est pratiquement impossible de couvrir tous les crimes, particulièrement lorsqu’ils surviennent dans des régions rurales ou éloignées. De nombreuses agences de presse ne disposent pas de ressources permettant à leurs journalistes de se déplacer sur de grandes distances pour couvrir des crimes; il est donc beaucoup plus probable que des incidents similaires soient couverts dans les centres urbains.

Sur le petit nombre de victimes qui sont disponibles et qui intéressent les médias, plusieurs choisissent de ne pas parler aux médias. Cela restreint encore davantage la couverture des incidents, donnant lieu à des lacunes dans les reportages de certains incidents, tandis que d’autres sont écartés d’emblée par les médias.

Les victimes et les survivants réagissent différemment

La présence des médias peut provoquer des réactions différentes chez des victimes différentes. Bien que le Canada ait la chance de compter relativement peu d’homicides, la plupart de ces crimes font l’objet d’une couverture médiatique en raison de leur rareté. Dans certains cas, la couverture des victimes sera plus importante que d’autres, généralement parce que le crime est plus révoltant ou sensationnel. Les médias choisiront les victimes qui feront l’objet de la couverture la plus importante et la plus empathique selon les caractéristiques de la victime, du crime et du contrevenant. Une jeune fille sympathique enlevée et assassinée par un délinquant sexuel en liberté conditionnelle fera la une des journaux au moment du crime, pendant le procès, pendant les audiences de libération conditionnelle, etc.; par contre, la couverture médiatique d’un jeune homme poignardé par un autre jeune homme, risque d’être beaucoup plus brève.

Les familles trouvent cela difficile à comprendre. Si la couverture est prolongée, les familles risquent de se sentir outragées par cette couverture interminable qui ressasse les détails du meurtre de leur enfant et envahit leur vie privée. Par contre, lorsque la couverture est limitée ou absente, les familles risquent de se demander pourquoi leur être cher ne comptait pas suffisamment pour susciter davantage l’intérêt et l’empathie du public.

Intensité de la couverture médiatique

Les médias peuvent préoccuper toutes les victimes d’actes criminels mais le caractère notoire d’attentats terroristes ou d’autres formes extrêmes de victimisation peut en amplifier les répercussions sur les victimes. Une visibilité intense et prolongée dans les médias et les reprises visuelles d’incidents ou d’attentats traumatisants rendent le risque de nouveaux traumatismes fort préoccupant puisque les victimes sont régulièrement exposées à des facteurs traumatiques et stressants. La peur qu’éprouvent plusieurs victimes après un attentat peut être amplifiée par une couverture médiatique excessive et les terroristes comptent là-dessus puisqu’une couverture médiatique intense peut faire perdurer la terreur longtemps après l’incident.

Rapporter tous les faits

Les médias sont susceptibles de rapporter des faits à propos d’une affaire ou d’un crime que la victime et/ou sa famille peuvent ignorer. Par exemple, un reportage pourrait décrire une agression sexuelle en mentionnant des détails que les parents de la victime ignoraient parce que la victime ne voulait pas les mettre au courant. Les membres de la famille d’une victime de meurtre pourraient apprendre comment leur être cher est mort par la voix des médias et non des autorités. Les fournisseurs de services aux victimes devraient retenir que la couverture d’un crime, même des années plus tard, risque d’avoir un effet dévastateur sur certains membres de la famille tandis que d’autres membres de la même famille veulent voir cette couverture ou la réclament. Par exemple, une jeune fille dont la mère avait été assassinée 15 années auparavant, a découvert comment elle avait été tuée lorsque son assassin a demandé sa libération conditionnelle. Les autres membres de sa famille ne lui avaient pas révélé les détails parce qu’elle était trop jeune au moment du drame. Lorsque le contrevenant devint admissible à la libération conditionnelle, il fut tenu de raconter son crime en donnant des détails précis et un journaliste les rapporta. Même si la soeur de la victime voulait une couverture médiatique pour des raisons de sécurité publique, la jeune fille dont la mère avait été assassinée devint l’objet de moqueries et d’intimidation à son école secondaire parce que son secret avait été dévoilé.

Agressions sexuelles

Les nouvelles couvrant les agressions sexuelles comptent peut-être parmi les plus difficiles pour les victimes. Même si la société a beaucoup évolué au chapitre de sa perception des agressions sexuelles, de nombreux mythes persistent au sujet des agressions sexuelles et plusieurs membres de notre société y croient. Par exemple :

  • La plupart des femmes agressées sexuellement sont victimes d’inconnus;
  • Pour déterminer si une agression sexuelle a eu lieu, l’élément principal est de mesurer à quel point la femme a résisté;
  • Une femme peut être partiellement responsable de l’agression sexuelle si elle sort seule la nuit, si elle est ivre ou si elle s’habille de façon provocante; et
  • Les femmes mentent en prétendant avoir été agressées sexuellement.

Des mythes perpétués dans les reportages au sujet d’un crime, risquent d’avoir des conséquences traumatisantes chez la victime et les membres de sa famille, en plus d’avoir un effet nocif sur les efforts déployés par la victime pour refaire sa vie. Même si les mythes ne sont pas explicitement mentionnés, le choix des mots écrits ou parlés compte; par exemple, un journaliste pourrait s’exprimer ainsi : « La plaignante rentrait seule à pied en revenant du bar » ou encore « La plaignante ne pouvait se souvenir de certains détails parce qu’elle était intoxiquée ». On peut défendre le journaliste en disant qu’il présentait les faits (tels que présentés au tribunal) mais l’implication (peut-être non intentionnelle) est la suivante : si la plaignante avait pris un taxi ou n’avait pas bu d’alcool, elle n’aurait pas été agressée sexuellement.

Le danger dans certains reportages, c’est de blâmer la victime pour sa propre victimisation. La victime d’agression sexuelle intoxiquée risque de se sentir blâmée pour sa propre victimisation plutôt que d’imputer l’unique responsabilité de ce qui lui est arrivé au contrevenant qui a abusé d’une personne incapable de consentement. Les parents d’un jeune travailleur du sexe peuvent avoir l’impression que le public pense que leur enfant méritait son sort ou était moins important que la jeune fille de bonne famille agressée une semaine auparavant.

L’innocence

Certaines victimes sont présumées plus innocentes que d’autres. Par exemple, les victimes de terrorisme sont rarement blâmées pour leur victimisation. Les victimes des attentats du 11 septembre 2001 vaquaient simplement à leurs affaires quotidiennes, notamment au travail, lorsqu’elles ont été tuées. La nature des attentats terroristes est d’attaquer des innocents. Les enfants sont également souvent présumés innocents malgré que la gravité des crimes perpétrés contre eux peut souvent être banalisée par les contrevenants et les médias.

Les enfants

Les médias désignent souvent par des termes réducteurs comme « pédo-porno » les crimes impliquant des photos d’enfants qui se font agresser sexuellement mais cela ne reflète nullement la gravité du tort subi par les victimes. En 2007, un rapport spécial intitulé « Renforcer la lutte internationale contre la pornographie juvénile » et rédigé conjointement par les ministres de la Justice et de l’Intérieur du G8, soulignait que le terme « pornographie juvénile ne décrit pas convenablement ni adéquatement les sévices et l’exploitation des enfants dans ces représentations visuelles ». Dans le Code criminel, le terme « pornographie » est généralement réputé être lié à la représentation d’activités sexuelles entre personnes consentantes. Il est impossible qu’un enfant consente à des relations sexuelles.

Considérations d’ordre culturel

Même si peu de recherches portent sur les répercussions de la couverture médiatique sur des victimes d’actes criminels issues d’autres cultures, les questions de respect de la vie privée et de tradition peuvent être pertinentes. Lorsqu’un crime est commis, certaines victimes veulent qu’on respecte strictement leur vie privée, tandis que d’autres se sentent parfaitement à l’aise en parlant de leur victimisation et veulent rendre hommage à leur proche disparu en laissant les médias parler du crime dans leur communauté. L’héritage culturel et les traditions peuvent jouer un rôle dans les décisions prises par une victime. Certaines victimes risquent de ne jamais envisager la possibilité de parler aux médias à cause d’une énorme méfiance ancrée uniquement dans leur tradition. Dans d’autres cultures, il est inadmissible d’aller chercher du réconfort, de se faire accompagner dans son deuil ou de composer avec la victimisation à l’extérieur du cercle familial. En outre, il se peut qu’un crime déshonore la famille aux yeux de sa propre communauté culturelle, de sorte que des particuliers ou des familles ne veulent pas que leur parenté ou leurs voisins en entendent parler. Les femmes issues de certaines cultures risquent d’être blâmées si elles sont agressées sexuellement, tandis que d’autres risquent de se sentir dévalorisées si leur victimisation n’est pas partagée par leur communauté.

Les victimes et les survivants constituent un groupe diversifié et chacun réagira différemment à la couverture médiatique en fonction de sa propre vision du monde. Par exemple, une mère autochtone dont le frère a agressé sexuellement ses deux filles en bas âge, peut être perturbée parce que les médias ont publié le nom de l’agresseur (révélant indirectement l’identité des fillettes), tout en voulant qu’il demande de l’aide et évite d’aller en prison.

Couverture des minorités

Les professionnels offrant des services aux victimes devraient reconnaître que des préjugés sociétaux se reflètent parfois dans les reportages. La longueur du texte d’une nouvelle et la portée d’une couverture télédiffusée ont tendance à varier, selon la race de la victime, le lieu où elle habite, son statut socio-économique et d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec le crime commis contre elle6. Il importe également de mentionner qu’à travers l’histoire, les journaux canadiens ont employé peu de minorités visibles.

Les données émanant de recherches effectuées en 1993 révèlent que dans les 41 salles de presse de quotidiens étudiés à la grandeur du Canada, on compte 2620 professionnels en journalisme (superviseurs, rédacteurs, photographes, illustrateurs et réviseurs). De ce nombre, seulement 67 ne sont pas Blancs, soit 2,6 pour cent ou cinq fois moins que le pourcentage de non-Blancs dans la population canadienne. Seulement quatre journalistes canadiens autochtones et 16 Noirs travaillent dans ces salles de presse (Miller, 1994).

Il est essentiel que les journalistes représentent avec impartialité les minorités et d’autres personnes qui ne détiennent pas des postes puissants ou lucratifs dans notre société. Lorsque les employés des journaux ne reflètent pas la diversité d’une société, certains groupes risquent d’être stéréotypés ou entièrement laissés de côté.

Selon le Réseau Éducation-Médias, la couverture médiatique des autochtones semble s’articuler autour de questions politiques ou constitutionnelles, de feux de forêt, de pauvreté, d’abus de drogues et d’alcool, ainsi que d’agressions sexuelles. Dans une étude effectuée en 2000 par les professeures Frances Henry et Carole Tator de l’Université York, la partialité des journalistes dans les reportages liés aux autochtones a été documentée en rapport avec l’affaire Jack Ramsay. Ancien policier de la GRC et député du Parti réformiste, Ramsay fut accusé et reconnu coupable de tentative d’agression sexuelle contre une adolescente autochtone de 13 ans en 1969. Les recherches des professeures Henry et Tator révélèrent que les articles dans les médias étaient très majoritairement axés sur les parents alcooliques de l’adolescente qui la maltraitaient, sur son enfance indigente et sur sa propre expérimentation avec l’alcool et les drogues, ce qui contrastait avec les articles beaucoup plus sympathiques réservés à Ramsay, axés sur son service communautaire et sa famille solidaire. D’après les professeures Henry et Tator, une couverture aussi partiale a contribué à rallier les appuis à Ramsay et à amenuiser les accusations portées contre lui (Réseau Éducation-Médias, 2010 – page 1). Les intervenants au service des victimes et des survivants autochtones devraient être parfaitement conscients de la possibilité que les médias manquent de sensibilité et de respect dans leur couverture de la victimisation autochtone.

Soutenir les victimes d’origines culturelles différentes

Les organismes oeuvrant au service des victimes doivent s’efforcer d’aider et de soutenir les survivants avec sensibilité en tenant compte de leurs différences culturelles. Il y a peut-être des organismes dans votre communauté qui peuvent vous offrir une formation de sensibilisation à la diversité culturelle puisqu’il n’est pas toujours possible d’embaucher du personnel supplémentaire pour refléter cette diversité au sein de votre communauté. Il importe également de parler à tous vos clients de l’éventualité d’une couverture médiatique si vous pensez que leur cause intéressera les journalistes. Vous devriez aussi leur demander leur volonté à ce sujet et la respecter, tout en essayant de leur expliquer avec délicatesse les raisons pour lesquelles les médias sont susceptibles d’être intéressés (ou non) et de leur indiquer comment ils devraient se comporter avec les médias, même s’ils ne veulent pas coopérer, et ainsi de suite. Plus vous leur fournirez d’informations, particulièrement si ces informations ne sont pas nécessairement positives, plus les victimes seront bien préparées.

Les médias sociaux – positifs ou négatifs?

Tant les victimes que les fournisseurs de services ont de plus en plus recours aux médias sociaux pour transmettre au grand public leurs messages au sujet d’actes criminels et de la victimisation. Les médias sociaux renferment de nombreux aspects négatifs éventuels dont les victimes d’actes criminels et les fournisseurs de services doivent se méfier.

  • Vie privée non protégée – Dès qu’une victime d’acte criminel transmet ses renseignements personnels par Internet, ils demeurent à jamais du domaine public et n’importe qui peut les utiliser et y avoir accès.
  • Les victimes devraient s’abstenir de faire des commentaires publics dans leur site personnel au sujet d’une cause avant ou pendant le procès, particulièrement lorsqu’une ordonnance de non-publication a été émise.
  • Grâce à l’Internet, tout individu devient rédacteur en chef. Les normes et la formation des journalistes professionnels ne sont pas nécessairement respectées par chacun de ces internautes.
  • Le Web regorge d’opinions qui ne concordent pas nécessairement avec la vérité.
  • On peut transmettre des messages et des vidéos préjudiciables n’importe quand par Internet.
  • Les gens ont tendance à croire ce qui est communiqué par Internet sans tenir compte de la source ni de sa fiabilité.
  • Des faussetés peuvent être communiquées tant au sujet des victimes que des contrevenants.
  • Les victimes peuvent apprendre des choses dévastratrices au sujet de leurs proches ou d’autres personnes victimisées comme elles.
  • Tant les victimes que les fournisseurs de services peuvent être mal cités et mal représentés.
  • Plusieurs sites rassemblent des millions/milliards de membres et comptent sur la vigilance de ces derniers pour demeurer relativement exempts de contenu illégal ou répréhensible. Il est relativement facile de dépister du matériel inadmissible et cela peut prendre considérablement de temps avant que les administrateurs du site s’en occupent.

Bien que l’Internet et les médias sociaux comportent de nombreux aspects négatifs, ils peuvent aussi s’avérer un truchement positif pour les victimes, les survivants et les organismes de services aux victimes. De plus en plus, les victimes d’actes criminels se tournent vers les médias sociaux pour que le public prenne connaissance de leurs histoires et ne les oublie pas. Les victimes utilisent des sites Web personnels, des blogues et des médias sociaux comme Facebook et Twitter pour rallier les appuis à leurs causes et préconiser des changements dans le système de justice pénale. D’autres victimes ont recours aux médias sociaux pour trouver un être cher disparu ou élucider un mystère (par exemple, qui a tué un proche). Les fournisseurs de services ont recours à l’Internet et aux médias sociaux comme outils pour sensibiliser les gens davantage aux problèmes des victimes et promouvoir leur travail auprès de ces dernières.

  1. Victimes de violence (2008), Les médias et le système de justice pénale, Consultation le 18 janvier 2011: http://www.victimsofviolence.on.ca/rev2/index.php?option=com_content&task=view&id=352&Itemid=42
  2. Office for Victims of Crime (États-Unis 2002). Seymour, Anne; Murray, Morna; Sigmon, Jane; Hook, Melissa; Edmunds, Christine; Gaboury, Mario; et Coleman, Grace (réd.). National Victim Assistance Academy Textbook. Consultation le 18 décembre 2010 : http://www.ojp.usdoj.gov/ovc/assist/nvaa2002/chapter18.html